My Elf Girlfriend

États-Unis – Court métrage
My Elf Girlfriend
https://youtu.be/0HYeEFFdQKU

Après la chronique de la semaine dernière, j’ai choisi de prendre une bouchée un peu plus petite, cette fois-ci, en vous proposant un épisode bien particulier de la série « My Elf Girlfriend » – Merci à Karine pour la suggestion!

La série en question aborde la relation entre un jeune homme bien maladroit, un « geek » à l’ancienne avec des lunettes moches et des comportements immatures, et une elfe multimillénaire (environ 2 700 ans de vie) sortie tout droit des classiques de la fantasy britannico-américaine à la Tolkien, Eddings, Donjons et Dragons et compagnie.

La série comme telle me semble être globalement anecdotique, axée sur une forme d’humour léger, si me fie aux quelques autres épisodes que j’ai visionnés. Celui-ci, par contre, aborde via des tropes de la fantasy une question incontournable dans les relations humaines : le regard des hommes sur la sexualité des femmes.

L’épisode commence avec le couple elfe-humain dans le lit, en plein préliminaires amoureux. Ils s’embrassent. Puis l’elfe indique à l’humain qu’il va aimer ce qui va suivre [au point de vue sexuel ou érotique], car elle a après tout plus de 2 000 ans d’expérience. Son compagnon humain est tétanisé et s’arrête sur le coup. Tout de suite, l’elfe se place sur la défensive : « Je veux dire, je ne suis pas une salope… j’ai attendu d’avoir 700 ans. »

On en revient du coup à une thématique classique : une femme qui a couché avec plusieurs hommes est-elle une mauvaise partenaire? Théoriquement, ça devrait être le contraire, vu les connaissance et compétences acquises en cours de route.

Piqué, incertain, ébranlé, l’humain demande alors à l’elfe : « Combien de partenaires as-tu eus [au courant de tes 2 000 ans de vie sexuelle active]? ». Celle-ci répond : « Je ne sais pas… environ deux par année? ». La réponse fait sursauter son partenaire humain : « Quoi!? 4 000… 4 000 GARS !?!?!?!?! J’ai seulement eu du sexe avec trois personnes [dans ma courte vie d’humain]. » Et d’ailleurs, pour le pauvre gars qui se compare aux autres, c’est moins que la moyenne des gars, ce qui contribue à le mortifier. Dans un sens, je le comprends, j’ai déjà pensé comme lui, même si logiquement, la quantité de partenaires n’est pas nécessairement un gage de qualité ou de vie heureuse.

L’elfe, de son côté, rétorque avec cette réplique savoureuse, qui est plus une image qu’une vérité : « Après 1 000 ans, tu as pas mal baisé tout le monde… ». Ben non, 4 000 partenaires adultes et consentants, ça n’est même pas 0,0005% de tous les adultes du Québec, alors imaginez le reste du monde. 😉

Réalisant que sa copine a « baisé tous ses amis elfes », il réagit de manière brutale « Ils ressemblent tous à des filles! » Est-ce que ça change quelque chose, honnêtement? Est-ce que ta masculinité est en danger du fait qu’elle souhaite avoir une relation sexuelle avec toi ensuite? Puis survient un choc culturel : les séances de baise entre elfes durent non pas des heures, mais des jours entiers! Ce qui est bien plus que les 15 minutes du pauvre gars… il a peut-être besoin de réfléchir à la notion de sexualité de manière globale? L’activité ne se résume pas à la seule pénétration…

Puis la conversation se poursuit sur un ton savoureux : l’elfe lui avoue qu’il est son premier partenaire humain, une donnée qui est sensée le réconforter. Puis elle mentionne avoir fait l’amour avec des demi-elfes (moitiés humains, moitié elfes), qui sont selon elles une forme d’humains améliorés. Le dialogue dégénère rapidement à partir de la comparaison suivante, lorsque l’elfe mentionne ses partenaires orcs – des humanoïdes à l’air porcin qui, selon elle, sont des partenaires amoureux très généreux de leurs corps -, qu’elle a fréquenté durant la période où elle préférait les « mauvais garçons ».

Réalisant qu’elle continue à soulever des vagues d’insécurité chez son jeune partenaire, l’elfe prétend que sa quête du « bon partenaire » s’achève avec lui, qu’il est le compagnon ultime, le dernier de la liste avec qui elle souhaite finir ses jours.

Heureux, ce dernier mentionne avec le sourire « Au moins, tu n’as pas baisé de hobbits! » Devant son silence, il retourne à son émotion première : l’indignation.

Bien que développé avec l’intention de faire rire, ce très court épisode (moins de 2:30 avant le générique) en dit beaucoup sur le jugement des uns envers les autres – et pas seulement des hommes envers les femmes! Si la marque de la « salope » est vive et brûlante, j’ai plusieurs souvenirs en tête en lien avec les « courailleux », ces hommes qui couchaient avec plusieurs femmes et que l’on conspuait sans gêne.

Notre société, basée sur le péché catholique (ou chrétien protestant aux États-Unis), garde quand même une trace de mépris pour les droits sexuels des individus : même si la monogamie en série, l’amour libre et le polyamour commencent à générer plus d’acceptabilité, voir d’intérêt, la lame de fond narrative reste de celle de « trouver la ou le partenaire avec qui finir ses jours ». Comme si le but ultime d’une relation, c’était de nous empêcher de mourir seul.

Or, combien d’entre nous avons vécu des amitiés, des relations professionnelles, voire même des relations familiales qui se sont terminé autrement que par la mort? Les amis du primaire, du secondaire, du collégial, de l’université? Parfois, ils restent, souvent, ils partent. Des amitiés durent, mais à plus faible intensité. De nouvelles amitiés et relations professionnelles naissent. Les enfants grandissent, demandent plus d’attention, puis moins.

Pourquoi serait-ce différent ici avec une relation amoureuse? Peut-on expérimenter l’amour de l’autre au présent, sans juger son passé, sans contraindre son avenir? C’est un défi que je me suis donné : éviter de ruminer l’autrefois, accepter le fait que toute relation vit, se transforme et meurt, et que l’autre partenaire est un individu à part, entier et autonome.

Je sais, c’est difficile de faire confiance à la vie. Mais c’est plus agréable de marcher au côté de quelqu’une ou de quelqu’un que de s’attacher à elle ou à lui comme un boulet à traîner. Le moment venu de se séparer, dans la vie ou dans la mort, la route en sera d’autant plus agréable.

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