Gazon Maudit

France – Cinéma
Gazon maudit
Un film de Josiane Balasko
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Les personnages

  • Loli, une femme bisexuelle (Victoria Abril), conjointe de Laurent
  • Laurent, un homme hétérosexuel (Alain Chabat), conjoint de Loli
  • Marijo, une femme homosexuelle (Josiane Balasko), nouvelle venue

Le matin et le soir, Laurent mène une vite tranquille à la campagne avec Loli, sa femme. Durant le jour, il travaille comme agent immobilier à la ville et, avec la complicité de son meilleur ami Antoine, en profite pour rencontrer des femmes avec qui il fait l’amour – il engage même l’une d’elles comme gardienne de ses enfants, à l’occasion.

Sa compagne, Loli, n’est pas au courant de ses activités extraconjugales. Laurent, de son côté, est convaincu que sa femme lui est fidèle (exclusive).

Un jour, une vieille Volkswagen fait une crevaison devant la demeure du couple. En l’absence de Laurent, Loli reçoit la conductrice, Marijo, et tente de l’aider. Une belle chimie s’installe entre les deux.

Revenant à la maison, irrité de la présence de la nouvelle venue, Laurent déverse sa mauvaise humeur sur Marijo et Loli, tout en demeurant indifférent aux avances sexuelles de Loli. Irritée, incapable de satisfaire ses envies avec son conjoint. celle-ci décide donc de fleureter avec Marijo. Elles passent une première nuit ensemble, changeant à jamais la vie des trois protagonistes.

De fil en aiguille, le récit suit la recette typique de la comédie de moeurs française, chaque rebondissement entortillant davantage la destinée des membres du trio amoureux.

J’ai vu ce film quelque temps après sa sortie durant les années 90. Ce fût l’une des quelques fenêtres qui m’a permis d’apercevoir cette France du Sud, où les gens se côtoient sans gêne, où les voisins se parlent et même se crient dessus avec cet accent chantant. Les discussions, entre les exclamations indignées et les câlins roucoulés, y sont riches en émotions.

À mon souvenir, Gazon Maudit est le deuxième film qui traite d’une triade polyamoureuse que j’ai eu l’occasion de voir dans ma vie – j’écrirai éventuellement un texte sur le premier 🙂 . Au contraire des récits de triade de type « chasse à la licorne », ce scénario table sur l’idée qu’une femme au foyer, mariée et mère de deux enfants puisse tomber – par un coup du hasard – amoureuse d’une femme homosexuelle qui présente des traits masculins… un feu d’artifice qui fait voler des étincelles entre ses deux compagnons, Laurent l’homme hétérosexuel d’un côté et Marijo, la femme homosexuelle de l’autre. Nous sommes bien loin du cliché habituel « Un homme, deux femmes », dans lequel un couple hétérosexuel recherche un femme bisexuelle pour assouvir ses désirs.

Fortuite, la rencontre mise en scène dans le film transforme profondément chacun des personnage.

Laurent pratique l’adultère, forme de polyamour non éthique puisque non discutée avec sa partenaire de vie, sur une base régulière. Dans sa vision du monde, un homme peut baiser à gauche et à droite, mais pas sa femme. Dès lors que Marijo vient bousculer sa vie, il devient enragé contre le monde.

Loli, apprenant de la bouche d’un ami que Laurent ne respecte pas le cadre de leur relation monogame et que tout le monde est au courant, remet en question son couple et décide de miser sur sa relation naissante avec Marijo.

Marijo, nomade perpétuelle, trouve dans le foyer de Loli un endroit pour se poser. Elle y amène sa bonne humeur, sa collaboration et ses talents au service de Loli, des enfants et même de Laurent. Elle comprend les troubles qui secouent Laurent et Loli, tentant au mieux de les apaiser… puis réagissant parfois mal lorsque des résultats heureux s’ensuivent.

De fait, les événements s’enchaînent comme autant de barils de poudre. D’une explosion à l’autre, Laurent et Marijo tentent de se raccommoder avec Loli, mais Laurent persiste à tenter de faire sortir Marijo de leurs vie. Une forme de cohabitation à trois finit par s’installer. Question d’équilibre, le dimanche, chacun et chacune dort seul de son côté.

Nouveau débalancement imprévu : d’anciennes amies de coeur de Marijo débarquent à la maison. Conscient de l’occasion, Laurent les y retient, finissant par provoquer l’ire de Loli par rapport à Marijo et ses amis. Ceci nous permet de réaliser que Laurent et Loli -vivent le même stress post-monogamie : la jalousie, celui que les auteurs de « More Than Two » appelent le « Green-eyed Monster ». Même Marijo n’y échappe pas.

Loli se sauve de la maison, puis téléphone à son mari pour lui dire qu’elle veut retrouver sa vie d’avant et que Marijo parte. Avant de quitter, celle-ci lance un ultime défi à Laurent, lequel va achever de changer leurs vies à jamais. Je ne vous en dis pas plus, question de vous garder la surprise. 🙂

Gazon maudit est une comédie de moeurs légère qui rappelle les classiques baise-bouffe-engueulades du cinéma français. Le film dépasse les 90 minutes habituels, mais son rythme est très fluide et ponctué de surprises et de rebondissements. C’est une façon amusante de s’initier à des enjeux qui relèvent des modes relationnels alternatifs.

À bien y repenser, je suis convaincu que ce film a eu une influence majeure sur le développement de ma vision du polyamour, même s’il précède ce changement dans ma vie de presque 25 ans. Son traitement humoristique de l’adultère, de l’arrivée d’une nouvelle personne dans l’espace relationnel, amoureux et familial, ainsi que des explosions de jalousie qui touchent tour à tour chacun des personnages en fait un outil de réflexion fort utile pour s’aider à réfléchir à la transition vers la non-monogamie.

De l’intérieur, les personnages doivent vivre un tourment absolument terrible. Placés en position de spectateurs, comme des amis qui leur voulons du bien, nous ne pouvons nous empêcher de voir le comique de la situation, d’espérer la résolution qui fera du bien à tout le monde. En même temps, c’est difficile de ne pas vouloir leur donner quelques baffes, tellement leurs actions et leurs réactions sont ridicules… les mêmes, probablement, que nous aurions eues à leur place, en l’absence de livres, de psychologues ou d’une communauté polyamoureuse pour nous aider et nous soutenir dans ce changement de vie, du moins dans notre cadre social et culturel actuel, radical.

Je m’en confesse : Gazon maudit est un de ces films qui a contribué à construire ma vision de la famille idéale, soit celle où les enfants côtoient un nombre d’adultes plus grand que deux.

Que l’on soit d’accord ou non avec cette vision, le film vaut le détour, ne serait que pour son approche sur le développement imprévisible de nouvelles relations, et sur la gestion des émotions qui en découle.

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