KINK : initiation poétique au BDSM

Québec – Livre / Théâtre
KINK : initiation poétique au BDSM
Pascale St-Onge et Frédéric Sasseville Painchaud
Les éditions du Remue-Ménage

https://www.leslibraires.ca/livres/kink-initiation-poetique-au-bdsm-pascale-st-onge-9782890916760.htmlOUhttp://www.editions-rm.ca/livres/kink/

Se côtoyant parmi dans les modes de vie alternatifs, le polyamour et le BDSM – bondage, domination, soumission et masochisme – sont des univers concomitants : tout en existant séparément, ils offrent la possibilité, mais non l’obligation, d’aller de l’un à l’autre, comme une route nord-sud qui croise une autoroute est-ouest.

S’il est possible d’être polyamoureux sans connaître le BDSM ou de pratiquer le BDSM sans être polyamoureux, c’est à toutes fin pratiques banal de rencontrer dans les soirées alternatives des gens qui vivent ou qui ont vécu les deux de bien des manières, avec bien des configurations différentes.

J’ai habité à Montréal au début des années 2000. À l’époque, le BDSM faisait l’objet de nombreuses publicités imprimées, par exemple dans les quotidiens gratuits tels que – si ma mémoire est bonne – The Mirror, The Hour, le ICI, le Voir (?). Les visuels de ces pubs mettaient en valeur les objets de la pratique SM : le costume de latex, les chaînes, les colliers, etc. Si j’étais d’une part fasciné, je dois vous avouer que j’avais franchement peur de cet univers. La terreur que l’idée de souffrir (le masochisme) ou de faire souffrir (le sadisme) m’inspirait m’en a longtemps tenu éloigné. Fin 2017, après en avoir parlé pendant plus d’une année, ma conjointe a été happée par une des communautés formée autour de ces pratiques.

C’est à partir de là que mon monde a basculé pour de bon, que le barrage de la monogamie a cédé. Si j’ai rêvé le polyamour pendant 10 ans – à travers notamment un peuple polyamoureux que j’ai créé et joué dans un univers de jeux de rôles maison basé sur Ars Magica et Donjons & Dragons -, c’est de suivre (avec un retard de plusieurs mois, le pas alourdit d’une grande réticence et l’esprit hanté d’une terreur sans nom) ma conjointe dans le monde du BDSM, aventure qui m’a enfin permis de briser mes peurs et mes préjugés.

Quelques mois plus tard, je suis me suis affirmé en tant que polyamoureux. Informé par une de mes partenaires – à l’époque polyamoureuse et en exploration au niveau du BDSM, aujourd’hui monogame et centrée sur sa famille avec bébé et conjoint, demain… qui sait? – de l’existence d’une pièce de théâtre basée sur le sujet du BDSM, j’ai tout fait pour y assister. J’y suis allé en octobre 2018, avec une autre partenaire, une dominatrice dédiée à cette pratique.

J’ai vraiment apprécié « Kink : initiation poétique au BDSM ». Je me sens privilégié d’avoir pu voir la pièce de Pascale St-Onge et de Frédéric Sasseville Painchaud. En contrepartie, je suis bien déçu d’être un des rares à avoir pu voir la pièce. Le théâtre étant de fait éphémère, puisque lourd en préparatifs et court en durée, c’est un art qui demande un certain goût du risque chez le spectateur. J’hésite d’autant plus à en recommander, puisque le temps que j’écrive et que je publie une prescription culturelle, les décors sont déjà remballés et entreposés.

C’est donc avec plaisir que j’ai saisi l’occasion de mettre la main sur le livre de la pièce, que j’ai pu en deux brève séances lire à voix haute à l’une de mes partenaires. L’intérêt de la pièce (et donc du livre), c’est la possibilité de faire découvrir le BDSM par une voie d’accès douce, tout simple, en peu de mots. Pas besoin de chambouler sa vie, de fuir l’anxiété par l’exploration à vive allure, de brûler la chandelle par les deux bouts.

« Kink : initiation poétique au BDSM » permet une introduction mentale aux concepts de cet univers, avec des explications du pourquoi et du comment, comme une main douce mais ferme qui guide vers l’avant et qui dissipe quelque peu le brouillard, mais sans donner toutes les réponses.

« Veux-tu jouer avec moi? », dit l’une des auteures.

Un appel doux, plein de tendresse à un univers où la souffrance se transforme un plaisir.

Le lit se lit d’une traite. Les illustrations de Frédéric Sasseville Painchaud ajoutent de la douceur à l’ensemble, alors que la mise en page, aérée, aérienne, sculpte sur les pages des moments pour respirer, pour prendre le temps d’aspirer le contenu. Bonus : le livre se relit très bien. Je suis convaincu qu’il pourrait faire l’objet de lectures publiques dans des soirées.

Que vous soyez déjà initié ou juste curieux, je vous le recommande sans gêne. Si vous avez des amies ou des amis que ça intéresse, donnez-leur un exemplaire en cadeau. Et s’ils hésitent à le lire, je vous suggère de leur dire cette phrase que me citait souvent mon supérieur lorsque j’étais employé dans un boulot étudiant :  

« Si tu fais le mal, fais-le bien, car le mal bien fait ne fait jamais bien mal. »

Seul le BDSM m’a permis de comprendre enfin cette phrase… 20 ans plus tard.

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