La Communauté (v.f. de Kollektivet)

Danemark – Film
La Communauté (v.f. de Kollektivet)

Bande-annonce : https://www.youtube.com/watch?v=S-S5vJuhK5s
Où voir : https://ouvoir.ca/2016/la-communaute#_ovc_tv

(Attention : je divulgâche certains éléments de l’intrigue ci-dessous)

Est-il possible de vivre en communauté, une fois les expériences de la jeunesse passées? C’est le pari que font Erik et Anna, deux adultes danois parents d’une jeune fille, Freja, qui regroupent autour d’eux six autres personnes – un couple avec un jeune enfant, ainsi que deux hommes et une femme célibataires. Bien que l’histoire évolue dans les années 70, leur dessein est bien différent de celui des communes hippies véhiculés dans le souvenir collectif : il s’agit d’acheter, tous ensemble, la vaste demeure familiale dans laquelle Erik a grandit, mais qu’il n’a pas les moyens de payer tout seul.

La semaine dernière, j’explorais avec le roman « Au 5e » de M.P. Boisvert la vie d’une communauté de cinq jeunes adultes liés ensemble par le polyamour, par Alice. Le lien entre les différents membres de la communauté, c’était – à différents niveaux – Alice. On me faisait remarquer que les protagonistes étaient surtout centrés sur eux, et qu’ils réagissaient aux événements ayant lieu dans leur tribu en fonction des impacts sur leurs sentiments, sur leur personne.

Dans « La collectivité », ce sont d’autres besoins qui sont explorés : l’accès à la propriété, avoir un toit, être en sécurité, partager les repas, les bonheurs et les malheurs, diviser les tâches, se soutenir financièrement à travers les hauts des uns et les bas des autres. Dans cette communauté, l’amour y demeure une affaire du privé. S’il y a une scène de « baignade à poil collective » durant le film, après le démarrage officiel de la communauté, celle-ci est purement amicale, non érotique. D’une part, les couples sont exclusifs, d’autre part, la vie amoureuse des célibataires se déroule hors-écran, en dehors de la communauté. Les multiples rencontres de Mona (si je me souviens bien, car son prénom est rarement prononcé… les personnages secondaires sont, à mon avis, sous-developpés), femme célibataire, sont commentées par les hommes de la communauté, mais jamais montrées.

Intentionnellement ou non, le film pose la question : est-il possible de bâtir une communauté durable habitant dans un seul lieu – une grande maison où la majorité des pièces sont accessibles – tout en évacuant la possibilité que ses membres développent de nouvelles relations amoureuses en son sein?

La communauté comme telle se bâtit rapidement, dans le film : Anne recrute Ole, un homme adulte, qui recrute Ditte, son mari Steffen et leur garçon malade (faiblesse cardiaque), puis Mona, femme célibataire, et Allon, homme célibataire et immigrant sans le sou. L’entrevue (l’interrogatoire?) de Allon se passe très mal, mais comme ce dernier suscite la pitié des membres de la collectivité, ceux-ci décident de le prendre avec eux.

Hétérogène, la collectivité repose théoriquement sur une base commune : le partage de l’entretien et des dépenses d’un seul lieu. Or, le récit nous expose d’entrée de jeu que tous et toutes ne font pas leur part de manière équitable. Plus tard dans le film, Erik révèle aux autres qu’il possède à lui seul tous les droits sur la maison, ce qui lui permet de s’imposer et de dicter (en véritable petit dictateur) ses choix aux autres membres de la communauté. À ce moment, il a développé en secret – un secret vite éventé – une relation amoureuse de longue durée en dehors de la communauté avec une de ses étudiantes. Anna, sa femme, et lui décident de briser leur relation, bien qu’Anna éprouve encore des sentiments forts pour Erik.

Contrôlant de manière légale la propriété de la communauté, celui-ci y fait entrer de force son amoureuse, ce qui pousse Anna à la détresse psychologique. Même si les membres de la communauté soupent ensemble tous les soirs, leur niveau de soutien ne permet pas à Anna de s’en remette, et celle-ci finit par quitter la communauté. Leur fille, Freja, trouve l’amour à l’extérieur et, se faisant, brise le coeur fragile du petit garçon de Ditte, qui en meurt. Si la communauté se renouvelle en introduisant une nouvelle personne, cet ajout est la cause directe et indirecte qui lui fait perdre trois autres. Cette deuxième partie, la descente dans la folie d’Anna et, à un niveau moindre, d’Erik s’avère être glauque, moins intéressante.

Le film n’est ni excellent, ni mauvais. Il s’écoute comme une étude de cas, comme une hypothèse, comme un « Qu’est-ce qui se passerait si… ? » J’ai adoré me plonger dans ce microcosme, même si je crois qu’il aurait possible de présenter des personnages plus attachants et une façon de fonctionner plus équitable. À ce stade-ci de ma vie, j’écoute surtout des films non pas pour me divertir, mais pour réfléchir. J’ai besoin de m’ouvrir à de nouvelles idées, même des mauvaises comme celles de La communauté, car ceci me permet de continuer à me construire. Je pense, à tort ou à raison, que l’atomisation en de petites unités familiales monoparentales fragilise notre société, et qu’il est important de se reconstruire sur de nouvelles bases. C’est pourquoi j’ai trouvé beaucoup de plaisir à regarder ce film, si imparfait soit le résultat, son scénario ou ses protagonistes.

Une communauté similaire bâtie sur le polyamour, une grande famille dans laquelle les membres ont tous des liens relationnels (conjoints, partenaires, amoureux) ou filiaux (parents-enfants), rencontrerait-elle plus de succès? Ce sera le sujet de ma prochaine prescription culturelle.

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